Risquer l'envers des mondes, Entendre la lumières.
English version of the text here
J’ai été invité en 2026 par l’association M28 et les éditions SUN/SUN à mener un projet au sein de l’USIP de Montpellier, en psychiatrie fermée. Cette résidence est née d’une volonté de porter un regard sensible sur ces lieux d’enfermement et sur celles et ceux qui les habitent, mais aussi d’ouvrir des questionnements autour de ce que pourrait être la psychiatrie du futur.
Après une première semaine d’observation, en juillet 2026, durant laquelle j’ai réalisé de nombreuses prises de vues, j’ai mené, au mois d’août, des ateliers de poésie avec les patients.
Il m’a semblé particulièrement fort, symboliquement, de faire entrer de la poésie dans ce lieu d’enfermement. De lire des textes aux patients, de laisser les mots circuler, résonner, provoquer parfois une émotion, un souvenir ou une pensée. Puis de leur proposer, à leur tour, d’écrire. De mettre en mots leurs maux.
Ces ateliers ont permis de faire émerger des paroles, des fragments de pensée, des textes parfois intimes, qui témoignent d’une autre manière d’appréhender le monde, de le traverser ou de l’écrire.
Face à une psychiatrie institutionnelle qui médicalise de plus en plus, notamment par manque de moyens humains et financiers, et qui se trouve soumise à des normes de sécurité toujours plus contraignantes, obligeant parfois les soignants à consacrer davantage de temps aux écrans, aux procédures et aux dossiers qu’à la relation, il me paraît plus que jamais nécessaire de rétablir un lien humain et sensible.
Un lien qui pourrait devenir, lui aussi, une possibilité de soin et de réparation.
Cette restitution constitue une mise en lumière de la première période de ma résidence à l’USIP de Montpellier, en psychiatrie fermée.
À travers mon travail photographique, mais aussi à travers les mots écrits par les patients, je tente de porter un regard sensible sur ces personnes et sur ces espaces d’enfermement.
Je m’attarde sur une main qui caresse une mante religieuse, sur un regard qui semble nous emmener vers les nuages, sur des mains qui se mêlent aux fleurs. Des gestes, des présences, des fragments de corps ou de paysages, comme si les mots pouvaient devenir images et les images, à leur tour, faire surgir des mots.
Les photographies sont imprimées sur des calques puis perforées à l’aiguille, comme pour y laisser entrer la lumière.
Ce geste fait écho aux ateliers menés durant la résidence. Les textes lus, les mots écrits par les patients, les fragments de pensée sont eux aussi présents dans l’exposition, exposés tels quels. Ils ne viennent pas illustrer les photographies. Ils existent à leurs côtés, comme d’autres portes d’entrée vers ces expériences singulières.
Mon travail cherche ainsi à déplacer le regard porté sur ces espaces de soin et d’enfermement. À montrer ce qui s’y joue au-delà des représentations habituelles : la violence, les maux, la solitude, mais aussi l’infinie douceur, le fragile, le sensible, les liens qui se tissent et les éclats de beauté qui peuvent surgir là où on ne les attend pas.
Entre les images et les mots, cette restitution propose ainsi un autre regard sur ces lieux et sur celles et ceux qui les habitent.
Un regard qui ne cherche ni à expliquer ni à enfermer, mais simplement à laisser apparaître d’autres manières d’être au monde.
Une interview radio à ce propos disponible sur radio Clapas à 13m25 et 17m55 dans l'épisode Hors Série, La fabrique des futurs: ici

Impression sur papier calque + perforations, 70 x 50 cm, 2026

Impression sur papier calque + perforations, 70 x 50 cm, 2026

Impression sur papier calque + perforations, 70 x 50 cm, 2026

mot écrit par un patient pendant les ateliers de poésie, 2026